Notre carte de crédit écologique dans le rouge
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Sonnette d'alarme:
mardi 23 septembre 2008Sur son île, Robinson Crusoë dépendait entièrement des ressources de la nature. S’il tuait plus de tortues qu’il n’en naissait sur un an, il aurait fini par ne plus trouver ni d’œufs ni de tortues.
Comme Robinson, nous sommes 6,7 milliards d’êtres humains à dépendre des ressources de notre planète. Et même si notre planète est beaucoup plus grande que l’île de Robinson, elle possède également des limites. D’autant plus importantes qu’une grande partie de notre planète est composée de surfaces improductives comme les déserts, les montagnes ou les banquises. Au total, nous ne pouvons utiliser que 22% de la surface terrestre, soit 11,2 milliards d’hectares, pour cultiver de quoi nous nourrir et nous vêtir, récolter de l’eau, extraire des minerais, construire des maisons, des bureaux et des usines mais aussi pour absorber nos déchets et le CO2 émis par nos activités tout en laissant suffisamment d’espace pour que les espèces sauvages puissent s’épanouir.
Aujourd’hui, il est possible de calculer ce que la Terre est capable de générer ainsi que ce que ses habitants consomment pour manger, se loger, s’habiller, se chauffer ou se rafraîchir, se déplacer,… La comparaison de ces deux résultats met en lumière le problème colossal face auquel nous nous trouvons : nous consommons tout simplement plus que ce qui est disponible, beaucoup plus.
Ce que l’on appelle l’Empreinte écologique mondiale, la surface de planète nécessaire pour assurer notre mode de vie, dépasse sa capacité à régénérer ses ressources. Dans le cas de Robinson Crusoë : nous mangeons plus de tortues qu’il n’en naît chaque année. Si nous continuons sur la même voie, il arrivera inévitablement un moment où les dommages seront irréversibles et où il n’y aura plus de tortue (ni d’autres espèces).
L’organisation Global Footprint Network et ses membres dont le WWF et Ecolife, surveillent en permanence l’évolution de l’Empreinte écologique mondiale, par pays ou par secteurs. Il en ressort que, depuis le milieu des années 80, la demande globale dépasse l’offre globale de la planète. Chaque année, nous consommons plus que ce que la Terre ne peut produire en un an. Le jour où nous dépassons la production annuelle de la planète est appelé l’Overshoot day. A partir de cette date et jusqu’à la fin de l’année, nous ne vivons donc plus des intérêts de ce que la Terre produit mais nous entamons son capital.
Chaque année a donc son Overshoot day. Et chaque année, il tombe un peu plus tôt. De fin décembre il y a 20 ans, il est passé au 21 novembre en 1995, au 2 octobre en 2005. Cette année, c’est aujourd’hui, le 23 septembre, que nous aurons déjà consommé toute la production de 2008. Soit quatre jours plus tôt que l’an dernier.
Mathis Wackernaegel, le directeur du Global Footprint Network l’explique en ces termes : « L’humanité est en train d’épuiser sa carte de crédit écologique. Tout comme pour compte bancaire, cette situation engendre des dettes de plus en plus importantes. Une personne ou une entreprise qui s’endette un peu plus chaque année finit par faire faillite. Avec la Terre, c’est pareil. »
La Terre nous envoie suffisamment d’avertissements qui nous signalent que ses limites sont atteintes et que nous sommes en train de les dépasser : le réchauffement climatique, la déforestation, la disparition de plantes et d’espèces animales font aujourd’hui partie de notre quotidien. Mais que faisons-nous pour remédier à la situation ?
Nous pouvons inverser notre tendance à la surconsommation en gérant plus efficacement l’écosystème naturel, en empêchant la surconsommation individuelle, en rendant les processus de fabrication plus efficaces et en limitant la croissance de la population.
Si nous voulons avoir une chance de repousser l’Overshoot day vers la fin de l’année, il est temps d’agir.
Chacun d’entre nous peut faire une différence : nous pouvons utiliser des voitures moins polluantes, prendre moins souvent l’avion, manger moins de viande, mieux isoler nos habitations et consommer plus de produits locaux.
Nous demandons au gouvernement et aux autorités européennes de ne pas tenir compte uniquement d’indicateurs comme le produit national brut, l’import export, l’inflation et le chômage pour décider de l’orientation de leurs politiques, mais d’ajouter d’autres indicateurs comme l’empreinte écologique.
La diminution de l’empreinte écologique doit dès lors devenir un objectif quantifiable et aider à la prise de décision, notamment en matière d’investissement dans les infrastructures (plutôt que l’élargissement des aéroports et des autoroutes, privilégier l’amélioration d’un réseau de transport en commun et de transport fluvial ou maritime), ou en menant une politique de prix où les produits les plus écologiques sont moins taxés.
Et à l’échelle mondiale, le combat contre la déforestation doit s’intensifier, et nous devons agir pour restaurer les écosystèmes et mener une politique démographique efficace avec entre autres l’accès à l’enseignement pour les femmes et la création de planning familiaux.
Marc Bontemps, Directeur Ecolife
Damien Vincent, Directeur général WWF-Belgique.
