Changement climatique:
mardi 15 décembre 2009
Sam Van den Plas, expert climat du WWF-Belgique est présent dans la délégation belge à Copenhague. Retrouvez-le chaque jour pour sa chronique quotidienne.Samedi dernier, nous avons vu un énorme mouvement global élever la voix à Copenhague lorsque 60 000 personnes ont défilé dans les rues de la capitale danoise pour rappeler aux négociateurs du Bella Center que le monde veut qu’ils scellent un pacte ambitieux.
Les manifestants des rues glacées de Copenhague n’étaient pas seuls, ils ont été rejoints par des milliers de sympathisants de tous les continents, dont une quarantaine de courageux volontaires et membres du personnel du WWF-Belgique. On assiste à des manifestations tous les jours partout dans le monde, et certaines d’entre elles ne changent pas grand chose. Mais quand on voit ce mouvement sans précédent pour le climat, nous savons que le changement se passe ici et que le plus important est à venir. La journée mondiale d’action pour le climat d’avant-hier n’était ni la première ni la dernière expression de la demande du public en faveur d’un avenir sans carbone, mais elle était le point culminant d’une série de manifestations d’espoir et d’unité. Le WWF n’est qu’un groupe parmi des centaines qui prennent part à cette campagne, et de voir le drapeau frappé du panda au milieu d’un océan de bannières samedi nous a réchauffé le cœur.
J’ai entendu un journaliste, qui fixait un écran divisé en deux, montrant d’un côté un négociateur en plein discours et de l’autre, la foule à l'extérieur qui terminait la manifestation à la lumière des flambeaux : "Le monde de ce mec est en train de changer mais il ne le sait pas". Il avait raison. En effet, l’énorme pression publique en faveur d’un accord fort et d’un avenir sans carbone n’est pas encore clairement visible dans les négociations. Un autre journaliste l’a joliment dit lorsqu’il mentionnait que le sommet de Copenhague pouvait également se terminer comme "une ‘causerie’ hors de prix qui ne fera rien pour arrêter le réchauffement global." C’est ce qui arrivera si les dirigeants qui arrivent ici pour cette deuxième semaine ne viennent pas avec suffisamment de volonté et de fermeté pour réduire les émissions.
Au regard de l’énorme soutien public pour un réel changement, ils ne peuvent pas échouer, mais à l’intérieur des chambres de négociations, un certain nombre de pays envoient toujours les mauvais signaux, et c’est à nous et à nos partenaires de les obliger à accéder à la demande du public, et à s’engager pour des actions ambitieuses. Il semble que le compromis ait survécu au weekend et servira de base de travail pour la seconde semaine. Les négociateurs ont fourni une grille qui reprend les points importants, et maintenant les ministres doivent résoudre ceux où les négociateurs sont restés coincés. Ils doivent remplir les blancs avec des chiffres solides en matière de finance et d’atténuation, combler les dangereuses failles qui menacent l’intégrité de l’accord, et assurer sa solidité en le rendant contraignant.
Voilà le défi des ministres qui ont commencé à arriver à Copenhague ce weekend. Ils doivent bâtir les fondations pour la décision finale qui sera prise par plus d’une centaine de chefs d’État rassemblés ici jeudi. Nous comptons sur la présence des ministres belges et sur leur travail conjoint pour y arriver. Cette réunion ne peut pas être juste une occasion de plus de se faire prendre en photo avec de faux sourires pour peindre en vert un faible résultat et couvrir l’échec de ne pas avoir pu mettre cette planète sur une voie sûre. Le 19 décembre, nous devons voir des unes de journaux reprenant un ensemble de photos de dirigeants du Nord et du Sud affichant des sourires authentiques – authentiques car ils auront démontré qu’ils peuvent travailler ensemble et se soutenir les uns les autres pour réaliser des réductions d’émissions qui protègent la planète contre les dangers du changement climatique.
Quoiqu’il en soit, les plénières de samedi ressemblaient parfois plus à une course vers le fond que vers le sommet. Souvenez-vous, les objectifs de réductions d’émissions qui sont actuellement sur la table ne collent pas à ce que dit la science ni à ce qui est nécessaire pour garantir une sécurité climatique. Dans ce contexte, nous ne nous émouvons pas de voir un négociateur australien lever le bras, et annoncer que son pays propose un objectif de réduction global de 15% d’ici 2020 par rapport aux nivaux de 1990, alors que le document de travail des négociateurs propose des réductions allant de 25% à 45%. De tels efforts pour affaiblir les objectifs, et des propositions comme celle de l’UE qui veut les rendre non obligatoires, ne sont pas ce dont le monde a besoin.
Si les dirigeants ne veulent pas avoir l’air profondément honteux sur les photos le 19 décembre, ils doivent encourager leurs ministres à négocier l’augmentation des niveaux de réduction plutôt que leur diminution. Le point de référence est la proposition faite par les états insulaires en faveur d’un protocole de Kyoto renforcé et d’un solide protocole de Copenhague qui assurera la survie des nations les plus vulnérables. Cette proposition a été mise en avant lors de la première semaine et répond à la plupart des points nécessaires à l’accord équitable, ambitieux et solide que le WWF promeut.
Samedi, Ian Fry – le négociateur en chef de Tuvalu – rappelait aux négociateurs l’importance d’atteindre des niveaux de réduction ambitieux : "L’avenir de mon pays repose entre vos mains", avait-il dit en clôture d’un discours très émouvant. Monsieur Fry a reçu un tonnerre d’applaudissements. Beau geste, mais ce dont il a vraiment besoin, c’est une réduction drastique des émissions globales.
Les hélicoptères survolent Copenhague et les rues sont remplies de policiers. Cela a commencé avec l’énorme manifestation de samedi, mais aussi à cause du grand nombre de politiciens de haut rang qui arrivent à Copenhague. C’est presque comme si la sécurité des dirigeants était plus importante que celle de notre planète. Les organisations observatrices ont été informées que pour des raisons de sécurité, l’accès au Bella Center sera limité à partir de mardi. Seule une petite délégation d’ONG comme le WWF pourra accéder au Bella Center. Nous avons donc passé la plus grande partie du weekend à voir comment nous pouvons continuer à augmenter la pression avec une plus petite équipe à l’intérieur. C’est très compliqué mais nous le ferons.
Le WWF travaillera à l’intérieur des négociations – et à l’extérieur. Nous avons rassemblé des milliers d’appels à l’action envoyés de partout dans le monde à travers les années. Mercredi, nous remettrons au secrétaire général des Nations Unies Ban-ki Moon, un orbe d’argent. Elle contient une puce chargée de 350 gigabits d’espoirs et d’attentes, entre autres des films et des photos illustrant des protestations, des manifestations et des pétitions demandant d’agir.
Notre avenir sera exempt de carbone. Vous ne pensez pas ?
