Le Parlement européen sauvera-t-il le Green Deal ?

Le Parlement européen sauvera-t-il le Green Deal ?

En s’accordant sur un paquet de mesures avant le vote, cette semaine, de la Politique Agricole Commune (PAC), les eurodéputés chrétiens-démocrates, libéraux et socialistes sont sur le point d’annihiler les ambitions du Green Deal. Influencés par les lobbies, ils s’apprêtent à subsidier massivement l’agriculture intensive. imPAACte, coalition d’associations environnementales, demande aux députés de ne pas céder à cette tentative de déstabilisation. Il s’agirait d’une erreur qui coûterait cher à la nature et la santé des européens.

 

Dès ce mercredi 21 octobre, les membres du Parlement européen voteront sur l'une des politiques européennes les plus importantes pour l’environnement, la nature et le climat : la Politique Agricole Commune (PAC). Le budget qui lui est réservé, alimenté par les citoyens, est plus que conséquent puisqu’il s’élève à environ un tiers du budget total de l’Europe.

La PAC actuelle est injuste, car elle concentre 80% des aides dans les mains de 20% d’agriculteurs privilégiés. Près de 60 milliards d'euros financent ainsi des pratiques agricoles majoritairement intensives, néfastes pour la biodiversité, l'eau, l'air, et le climat. Il est donc primordial qu’elle soit révisée en profondeur. D’autant plus qu’aujourd’hui un engagement européen fondamental pour la Belgique, le Green Deal ou Pacte Vert de la Commission, balise le virage nécessaire vers une transition agricole, alimentaire, écologique et climatique.

Or, comme révélé dans un leak la semaine dernière, les trois principaux groupes du Parlement (S&D, Renew et PPE) ont trouvé un accord sur un “package” de mesures à valider en bloc. Le Corporate Europe Observatory (CEO)³ dévoile que cet accord est le résultat d’un travail de sape de la part de puissants lobbies agricoles conservateurs, de l’agrochimie et de l’agroalimentaire. Le package contient quelques mesures a priori en faveur de l’environnement, mais un examen attentif des propositions révèle qu’elles sont systématiquement assorties de conditions qui limitent leur ambition. Pire, il ressort de cela que l’ensemble des mesures proposées consacre une Politique Agricole Commune du statu quo, injuste pour les agriculteurs, destructrice pour la planète et en total porte à faux avec les objectifs du Green Deal.

Pourtant, l'Europe agricole et alimentaire, à bout de souffle, a besoin de la vision à long terme enfin apportée par les stratégies De la ferme à la table et Biodiversité du Green Deal. Elle doit mettre la majorité des agriculteurs sur le chemin d’une souveraineté économique, et les pousser vers des modes de production durables pour la nature et le climat. Elle répondra alors aux attentes des citoyens. Une analyse fine de Birdlife et d’imPAACte4 montre que l’accord du Parlement affaiblit considérablement la proposition initiale de la Commission européenne. Cet accord est, sur de nombreux aspects, encore pire que les propositions du Conseil européen. Le Conseil a pourtant, encore cette fois, proposé des amendements destructeurs de l’ambition environnementale de la réforme de la PAC.

À l’instar de nombreux acteurs de la société civile et syndicats agricoles défendant la transition agroécologique, imPAACte appelle tous les eurodéputés belges à rejeter cet accord en bloc. Il est indispensable que ne soient votés que les amendements qui alignent la PAC sur le Green Deal afin d’atteindre les objectifs en termes de biodiversité et de climat inscrits dans le nouvel accord de gouvernement belge.